Le 31 mars, nous quittons notre GH sur l’île de Khone à 8h du matin. Une longue journée de voyage nous attend (nous mettrons plus de 12h pour arriver à destination !).

 

1ère étape : un bateau, pour rejoindre le « continent ». On se serre à 12, plus tous les sacs à dos, dans les frêles embarcations locales. Ca tient, pas de souci, on arrive à bon port.

Une fois sur la terre ferme, l’attente commence et nous voici plongés en plein cœur de la mafia des transports et de celle du passage de frontière. Il faut savoir que la frontière terrestre Laos - Cambodge est un des postes frontières les plus corrompus.

 

Le visa cambodgien coûte 30 USD si vous le faites faire en France, dans une ambassade cambodgienne à l’étranger ou si vous arrivez par avion. En entrant par voie terrestre, voici ce que l’on va tenter de vous extorquer :

-          Côté Lao : 2 USD par personne pour le tampon de sortie (gratuit normalement), et hop gling gling dans la poche du douanier corrompu à chaque coup de tampon.

-          Puis avant d’entrer au Cambodge, on s’assure que vous êtes en bonne santé et on vous propose une visite médicale (= on prend votre température avec un thermomètre flash) pour la modique somme de 2 USD par personne (bravo à celui qui a inventé ce job, ça rapporte !)

-          Ensuite côté Cambodgien, il faut obtenir le fameux visa et là bizarrement c’est l’inflation : il coûte 35 USD mais on a la gentillesse de vous dire que le prix du tampon est compris dedans, bah oui tu m’étonnes, vu que normalement un coup de tampon, ça coûte rien (gling gling dans la poche du douanier Cambodgien cette fois !)

= 39 dollars au total par personne au lieu de 30 !!!

 

Nous étions bien informés de toutes ces pratiques et appréhendions un peu le passage de la frontière.

 

Et ça ne s’arrête pas là ! D’autres surfent également sur la vague de la corruption ! A peine débarqués du bateau, un gentil monsieur nous a remis les formulaires à remplir pour le passage de la frontière (2 par personne, chez nous ça fait du boulot, puisque nous remplissons aussi ceux des filles, autant de fois à écrire les numéros de passeport, leurs dates de délivrance, noms etc….bref de la paperasse). Le gentil monsieur propose aussi de nous rendre service. Il nous explique que le passage de frontière est long et compliqué mais dans sa généreuse bonté, il se propose de ramasser les passeports et de s’occuper d’obtenir les tampons et visas lui-même pour la modique somme de 40 USD par personne, soit une très modique commission pour lui.

 

On rit intérieurement et on range bien soigneusement nos passeports et les formulaires dans nos sacs. On est grand, on sait se débrouiller.

 

Nous sommes cependant étonnés, à part un autre couple de français, tout le monde donne son passeport et paye !!!

 

Une bonne heure plus tard, nous rejoignons enfin le bus qui va nous emmener à la frontière… Euh…c’est une blague ? Il est bondé, on ne peut même pas mettre un sac en soute et on est encore une petite vingtaine de voyageurs à devoir embarquer….On râle et finalement, deux minibus supplémentaires sont affrétés. On a de la chance, le nôtre part en premier et dès l’arrivée, nous nous précipitons tous les 5 vers le bureau des douanes laotiennes. Nous sommes les premiers arrivés, une chance !

 

Les choses sérieuses commencent. On tend nos passeports...

Le monsieur, il nous demande quelque chose mais nous, bizarrement, on ne comprend plus l’anglais !!

Ah si, il faut payer ? Ben non, notre ambassade nous a dit de ne pas payer.

Ok, c’est un rapport de force, le douanier referme nos passeports et les pose devant lui en pile.

Pas grave, on n’est pas pressé, on attend…Il n’y a personne dernière nous….c’est bien…. Il tente encore, ah il veut 2 USD ? j’ai 10 000 kips (c’est moins), j’essaie de lui refiler, je lui montre mes cartes familles nombreuses, bref, on s’amuse un peu (non, c’est pas drôle en fait mais par principe, je refuse de payer 10 USD de backchich) je fais aussi la débile qui accepte de payer 2, mais le monsieur il m’a écrit sur un papier que 2X5 = 10…zut.

On attend.... Les passeports sont toujours en pile, fermés sur le bureau. Les messieurs ont croisé les bras….ils attendent aussi...ça durera une dizaine de minutes jusqu’à ce que débarque la foule du bus et que l’on commence à s’amonceler derrière nous…Et hop, on tente une ultime négociation, on ne paiera pas pour les enfants, le douanier cède, on paie 4 USD au lieu des 10 demandés. On aurait peut-être pu faire mieux, mais on est content quand même. Il était temps, derrière nous, ça vient de comprendre qu’on est long car on négocie et on commence à nous dire que c’est idiot, ça sert à rien, faut payer pour que tout le monde avance…Pour nous, ce qui est idiot, c’est d’accepter de payer et de contribuer ainsi à la corruption !!!

On vérifie la présence effective des tampons sur les passeports avant de libérer le guichet, les douaniers commencent à s’impatienter. Hop, il était temps, on déguerpit !

 

Nous traversons ensuite à pieds la zone de No Mans’land.

susadai !

PS : ce n'est pas nous qui avons jeté une bouteille d'eau par terre ;)

A l’approche des barrières cambodgienne, la fameuse visite médicale, on avait prévenu les filles : il faut tracer ! Ca tombe bien, ils sont occupés avec un petit groupe de touristes qui se laisse gentiment prendre la température puis met la main au portefeuille. Un des gars me regarde, mais il comprend que c’est trop tard, qu’on ne s’arrêtera pas. Hop, un truc de plus évité… bon, là, c’était facile !

 

Dernière étape, les visas. On fait moins nos fiers, on n’a rien réussi à obtenir, même pas pour les enfants.On a essayé mais pas suffisament insisté. Il y avait du monde car cette fois nous avions perdu notre avance, les douaniers n’étaient pas très engageants, on a payé nos 35 USD par personne.

 

Ensuite, nous rejoignons le bus qui devait nous conduire à Stung Treng et patientons 1H30 dedans….le temps que tous les autres passagers récupèrent leur passeport pris par le gentil monsieur qui pour 40 USD s’occupe de tout et vous fait gagner du temps !

On a mis 1h30 de moins et on a payé 35,8 USD par personne….

 

Nous faisons ensuite 1h de trajet dans ce bus, le plus pourri qu’on ait jamais eu, même au Laos (Théa n’avait même pas de dossier à son siège, le bus était pété de partout, grinçait, couinait…), et ça sur une route complétement défoncée.

 

Avant que le bus ne démarre, je me retrouve obligée de donner mon ticket à un homme. Je refuse puis cède devant son insistance (heureusement, par mesure de précaution, j’avais photographié mon ticket avec mon téléphone le matin même). Soit disant, il doit vérifier quelque chose mais prend mon ticket et quitte le bus avec ! J'essaie en vain de le récupérer et peste, me disant qu'on vient de se faire arnaquer et qu'on va devoir repayer un ticket pour faire Stung Treng/Siem Reap (vu que le gentil monsieur sait très bien qu'on ne lui a pas confié nos passeports, chercherait il à se venger ?)

 

Quand on débarque à Stung Treng (non pas dans une gare routière mais au milieu de la cour d’une GH et d’un resto, quand je vous dis que c’est une vraie mafia, ces transports), Clément ne lâche pas le conducteur qui est au courant de l’affaire et le prend même en photo avec son téléphone, un petit coup de pression. Il faut savoir qu’on a souvent voyagé sans réels tickets de bus mais ça a toujours fonctionné sur la confiance et là, on n’a pas tellement confiance.

 

Nous attendons 1H30 devant le resto, le temps que tous les passagers (sauf nous) se restaurent et que les caisses du resto se remplissent. Le bus qu’on a pris doit repartir vers le Laos. Nous ne saurons jamais si le conducteur n’est pas tranquille non plus ou si le bus attend autre chose mais au final, il ne partira que quand le conducteur nous aura lui-même mis dans le minibus pour Siem Reap en expliquant la situation au chauffeur. On me demande la couleur de mon ticket, je montre mon téléphone, ça suffit, ouf ! On a eu chaud, je crois.

 

Le bus VIP que nous devions prendre avec des sièges inclinables s’est transformé en minibus pourri, avec des banquettes défoncées aux dossiers à angles droits. Nous sommes serrés tous les 5 sur une même banquette, nos sacs aux pieds. On abandonne l’idée de faire la sieste. C’est ainsi que nous ferons les 5 h de route qui nous séparent de Siem Reap. La route est en bon état mais notre chauffeur plafonne à 60 km/h. C’est monotone. Nous ne sommes guère dépaysés : villages avec maisons en bois sur pilotis, vaches, étendues désertiques, brulis….

 

Nous ferons une pause toilettes bienvenue devant une gargotte : jamais je n’ai vu un lieu aussi sale ! Même si on m’avait payée, je n’y aurais pas mangé. La pause permet également de refroidir le moteur.

moteur

 

Nous terminerons la route de nuit. Notre chauffeur roule désormais plus vite, un petit 90, pourtant la route est dangereuse de nuit, nous la partageons avec de nombreux véhicules non éclairés (vélos, motos, tracteurs), avec des piétons, des vaches, des chiens….les voitures que nous croisons sont souvent en pleins phares et éblouissent fortement.

 

C’est avec soulagement, fatigués et fourbus que nous arrivons enfin à destination à 20h, soit 12h après notre départ, dans une gare routière noire, sans aucun éclairage publique, pas facile de retrouver ses sacs !

Nous négocions un tuktuk, direction la GH (que nous occuperons seulement une nuit). On pose les sacs, on prend notre premier repas au Cambodge dans un resto avec uniquement des locaux, on prend au bonne douche et au lit !